Chargement en cours

EMISSION DU PREMIER EUROBOND PAR LA RDC, ANALYSE DES INDICATEURS ET RECOMMANDATIONS AU GOUVERNEMENT

Introduction
La République Démocratique du Congo (RDC) a réussi son premier eurobond souverain le 9 avril 2026, levant 1,25 milliard de dollars sur les marchés internationaux.
Cet emprunt, baptisé « Mbote », vise à financer des projets de développement et à restructurer la dette, avec des taux de 8,75 % (5 ans) et 9,50 %.
Par définition, une émission d’Eurobond (ou euro-obligation) est un emprunt obligataire international émis simultanément sur plusieurs marchés financiers, généralement dans une devise autre que celle du pays de l’émetteur.
Ces titres permettent à des États ou entreprises d’emprunter des capitaux à long terme auprès d’investisseurs internationaux.
Au centre du débat de l’émission de l’eurobond par la RDC se trouve des problématiques tel que :

  1. La capacité de remboursement de la RDC ; ainsi que
  2. La capacité du gouvernement de la RDC à transformer de la dette étrangère en un levier de développement .
    Concernant la capacité de remboursement
    La capacité de remboursement d’un État constitue un élément central dans l’évaluation de sa crédibilité financière et de son niveau de risque sur les marchés.
    Dans le cas de la République Démocratique du Congo (RDC), plusieurs indicateurs montrent une situation relativement soutenable de la dette publique ainsi qu’une amélioration progressive de la perception du risque souverain.
    Voici les principaux éléments d’analyse :
  3. Les principaux indicateurs de la capacité de remboursement sont :
    a) Ratio dette publique / PIB
    En 2025, la dette publique de la RDC est estimée à environ19% du PIB (Produit Intérieur Brut) avec un PIB évalué à environ 92 milliards USD.
    Le FMI (Fond Monétaire International) projette une hausse de croissance du PIB de la RDC de l’ordre de 32% en 2026 (soit l’équivalent d’environ 123 milliards USD)
    Par ailleurs, la moyenne africaine du ratio dette publique/PIB estimée à environ 60 % du PIB.
    Ainsi, un ratio de 19% en RDC comparativement à 60% qui la moyenne africaine traduit un niveau d’endettement relativement faible en RDC et cela laisse entrevoir une marge de manœuvre importante pour le financement du développement.
    b) Ratio service de la dette / recettes publiques
    Entre 2015 et 2023, le ratio du service de la dette sur les recettes publiques est resté inférieur à 10 %.
    Cela signifie que la part des recettes publiques consacrée au remboursement de la dette demeure relativement modérée, ce qui réduit les risques de pression budgétaire excessive sur les finances publiques.
    Il est à noter la ligne rouge est à la hauteur de 50% du ratio service de la dette sur recettes fiscales.
    Il apparaît que la RDC est encore au vert.
    c) Amélioration des perspectives financières
    La RDC est passée de perspectives stables à des perspectives positives selon les agences de notation internationale.
    Cette évolution traduit une amélioration progressive de la confiance des investisseurs et des partenaires financiers vis-à-vis de l’économie congolaise tiré principalement par le secteur extractif.
    d) Relation entre risque et taux d’intérêt
    Le niveau du taux d’intérêt appliqué à un pays dépend directement du risque perçu par les investisseurs.
    En effet :
    Plus un pays est considéré comme risqué, plus les taux d’intérêt exigés seront élevés ;
    Moins le pays est risqué, plus les taux d’intérêt seront faibles.
    Ainsi, la réduction du risque souverain constitue un enjeu stratégique pour diminuer le coût de l’endettement public.
    Recommandations au gouvernement
  4. Renforcer les mesures financières et non financières afin d’améliorer la notation du pays
    La RDC doit mettre en place plusieurs mécanismes destinés à rassurer les investisseurs et améliorer sa crédibilité financière internationale.
    Notamment :
    a) Améliorer le ratio actif/passif
    Le ratio actif/passif doit être supérieur à  » 1 « afin de démontrer que les actifs détenus couvrent largement les engagements financiers.
    Au-delà des actifs circulants représentés notamment par les recettes publiques, la RDC doit également valoriser ses actifs financiers stratégiques, particulièrement à travers la certification des actifs miniers.
    En effet, la certification et la valorisation des ressources minières permettraient de renforcer la solidité financière du pays et de rassurer davantage les investisseurs internationaux.
  5. Réaliser des études approfondies sur les projets
    Le gouvernement doit multiplier les études techniques, économiques et financières avant le lancement des projets publics.
    Un projet insuffisamment étudié accroît considérablement le risque financier, car il augmente les probabilités :
    de dépassement des coûts ;
    de mauvaise rentabilité ;
    d’échec d’exécution ;
    ou encore d’endettement improductif.
    Il faut noter que des études sérieuses permettent donc de réduire le risque et d’améliorer la confiance des bailleurs de fonds.
  6. Prioriser les projets structurants à fort effet multiplicateur
    La RDC doit privilégier les projets capables de stimuler durablement la croissance économique grâce à leurs effets multiplicateurs sur l’économie nationale.
    Parmi les secteurs prioritaires figurent :
  • les infrastructures ;
  • l’énergie ;
  • l’agriculture ;
  • l’industrialisation, etc…
    Ces projets permettent d’augmenter la productivité globale de l’économie et de favoriser une croissance économique forte et durable.
  • Note de réflexion : Relation entre taux d’intérêt et taux de croissance
    La soutenabilité de la dette dépend également du rapport entre le taux d’intérêt et le taux de croissance économique.
    En effet :
  • Lorsque le taux d’intérêt est supérieur au taux de croissance, la dette tend à absorber progressivement la richesse créée ;
  • En revanche, lorsque la croissance économique dépasse le coût de la dette, l’endettement devient plus soutenable.
    Voilà pourquoi nous insistons sur le fait que les fonds issus de l’émission de l’eurobond devraient être affectés à des projets structurants.
    Les projets structurants devraient donc permettre à la RDC d’atteindre une croissance économique à deux chiffres afin de renforcer durablement sa capacité de remboursement.
  1. Renforcer la gouvernance et les mécanismes de contrôle
    L’amélioration de la gouvernance constitue une condition essentielle pour renforcer la confiance des investisseurs.
    Le gouvernement doit notamment :
  • renforcer les institutions de contrôle (IGF, APLC, Parquet financier, cour des comptes, etc.) ;
  • améliorer la transparence dans la gestion des fonds publics ;
  • lutter contre la corruption ;
  • garantir une meilleure traçabilité des ressources empruntées.
    Des institutions telles que :
  • Inspection Générale des Finances ;
  • parquet financier, etc. ;
    doivent être renforcées afin de s’assurer que les fonds levés servent effectivement au financement des projets structurants et non à des dépenses improductives.
  • En Conclusion
    La RDC présente actuellement plusieurs indicateurs favorables en matière de capacité de remboursement, notamment grâce à un faible ratio dette publique/PIB et à une charge relativement limitée du service de la dette.
    Toutefois, la consolidation de cette position nécessite des réformes profondes portant sur la gouvernance, la qualité des projets financés ( nous recommandons de s’intéresser aux projets structurants ) la valorisation des actifs stratégiques ( notamment les actifs miniers ) et l’amélioration du climat de confiance envers les investisseurs.
    Le véritable enjeu n’est donc pas uniquement de s’endetter, mais surtout de transformer la dette en moteur durable de croissance économique et de développement structurel.
    Patrick Onoya Tambwe

Share this content:

Laisser un commentaire

Vous avez peut-être manqué